Vendredi, 1 octobre, 2010

Article du Débat sur le Monde

A Epinay, dialogue de sourds entre militants UMP et défenseurs des Roms

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Le débat ne les aura pas fait changer d’avis mais, au moins, ils auront discuté. Dans la salle des fêtes d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), lundi 27 septembre, les éclats de voix d’une cinquantaine de militants UMP répondent aux arguments de responsables associatifs, venus expliquer leur position sur la question des Roms.

“Il faut que ces gens qui vivent n’importe comment retournent chez eux !”, s’exclame un sexagénaire. “Si les Roms restent en France et profitent des prestations sociales, c’est de votre faute !”, poursuit son voisin. Pendant une heure, Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’homme, Laurent El Ghozi, président de la Fnasat-Gens du voyage, et Claire Sabah, du Secours catholique, s’efforcent de répondre aux doigts accusateurs et aux exclamations des sympathisants UMP.  Non,“la politique menée par le gouvernement vis-à-vis des Roms n’est pas nouvelle, c’est une simple accélération de celle menée depuis des années”, explique Laurent El Ghozi. Non, “il n’y a pas d’immigration massive de Roms en provenance de Bulgarie et de Roumanie. Ils sont environ quinze mille sur le territoire français”, précise Malik Salemkour. Une paille dans l’ensemble du flux migratoire qui va vers la France. “Les Roms migrants connaissent depuis des centaines d’années une situation discriminatoire abominable dans leur pays d’origine. Il y a plus à manger dans nos poubelles que dans leur propre pays”, poursuit Laurent El Ghozi.

“PAS À CÔTÉ DE CHEZ MOI !”

Les arguments ne convainquent pas toujours. “Mendicité, vol, prostitution, insalubrité… l’installation d’un camp de Roms est accompagnée, pour le voisinage, de tous ces maux”, déclare Brigitte Espinasse, maire adjointe (UMP) d’Epinay-sur-Seine. “Je refuse que des gens comme ça vivent à côté de chez moi !”, s’exclame Serge Decombe, militant UMP. “Dix pays européens, dont la France, imposent aux citoyens roumains et bulgares des mesures transitoires qui les empêchent de travailler”, répond Claire Sabah.

“Les employeurs doivent faire une demande à la préfecture pour employer un travailleur roumain ou bulgare, la procédure prend plusieurs mois puis ils doivent payer une taxe. Forcément, les patrons font d’autres choix. Et les Roms doivent trouver les moyens de subsister”, poursuit Malik Salemkour, de la LDH.

L’argument ne tient pas pour Philippe Feillon, militant UMP : “Lorsqu’on entre en France, il faut respecter ses lois, la propriété privée en est l’un des piliers. Je cite Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur, la hausse de la délinquance roumaine a augmenté de 138 % à Paris. On ne peut pas, en France, financer toute la misère du monde.” “Ils profitent de notre Sécurité sociale”, lâche-t-on dans la salle. “Pour bénéficier du système social français, il faut travailler, répète Laurent El Ghozi, de la Fnasat. C’est un droit que la France ne leur a pas accordé, ils ne peuvent donc pas obtenir d’aide de l’Etat.” “Ils ont des faux papiers !”, s’exclame-t-on dans l’assistance. “Ils ne veulent pas travailler”, répète un autre.

Après le débat, les uns et les autres poursuivent les discussions sur un ton cordial, un soda à la main. Mike Borowski, délégué UMP de la première circonscription de Seine-Saint-Denis, qui a organisé le débat, s’estime heureux qu’une discussion ait pu avoir lieu : “Dans un département où il y a plus de camps de Roms que de communes, je pense qu’ouvrir le débat entre des spécialistes et les citoyens qui doivent vivre à leur côté est constructif. L’ignorance est souvent à l’origine du racisme.” Même si sa collègue Madi Seydi, secrétaire générale du Mouvement national des jeunes sarkozystes, résume, hélas, la pensée des militants : “Les Roms n’ont pas d’avenir en France.”

Eric Nunès

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Categorie: presse
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